Article de l'auteur Céline

Le néon épileptique d’Atsuhiro Ito

28 avril 2017

À la base, Atsuhiro Ito est artiste en art visuel.

En 1998, il invente un nouvel instrument : L’Optron et se met à faire des performances noise qui en mettent plein les oreilles et les yeux à son public.

L’Optron est un tube de lumière fluorescent, un néon bourré de tous petits micros à l’intérieur qui ressemble à un sabre laser…

À chaque fois qu’il joue, Atsuhiro Ito demande le noir complet dans la salle.

Dès qu’il branche le tube sur un ampli l’Optron génère des bruits et de la lumière.
Le néon fait environ 1m50 et selon où l’artiste pose ses mains sur l’instru, il en sort des sons technoïdes qu’il module grâce à des pédales et une lumière complètement épileptique.

Comme il fait complètement nuit dans la salle et que la seule lumière provient du néon qui s'allume au rythme du son, le public ressent l'effet d'un stroboscope super puissant. Même les yeux fermés, la lumière passe à travers les paupières et tout le monde n'arrive pas forcément à tenir durant toute la durée de la performance.

 

Si dans la guerre des étoiles le sabre laser est censé traverser toutes les matières, l'Optron possède le pouvoir de vous rendre complètement sous son emprise. Un peu comme si on vous jetait un sort…

 

C'est peut-être pas un hasard si son dernier album s'appelle : « Satanic abandonned Rock'n Roll Society ».

Morilles, folie et clitoris

28 avril 2017

Laura Chaignat est accro à la scène.

Chanteuse, musicienne, animatrice radio et surtout comédienne, Laura sera prochainement sur les planches dans la pièce Psycho Clito 2 : un huis-clos d’épouvante servi uniquement par des filles.
Elle nous a rendu visite dans les Culturbitacées pour  nous parler de sa pièce, mais aussi de féminisme, de son ami Félicien Donzé, de morilles et de Freddy Mercury.

« Je suis une féministe chancelante »

Vomir : des sacs de noise et des murs de bruit blanc

25 avril 2017

Il habite Paris, il s'appelle Romain Perrot (roro pour les intimes) et il est l'autodidacte radical et nihiliste de la scène harsh noise.
Depuis 2006, il est passé maître dans l'art de créer des Harsh Noise Wall, des murs de sons bruitistes hyper puissants et fabriqués avec le strict minimum.
Son travail consiste à immerger complètement le public dans un mur de bruit blanc : un son composé de toutes les fréquences audibles, chaque fréquence ayant la même énergie.

Sous le nom de projet « VOMIR», Romain Perrot utilise donc des murs de bruits blancs pour rendre compte du sentiment d'enfermement et d'isolement par le son.

Durant toute la durée de ses performances, Romain laisse tourner ses machines et reste debout, immobile, dos au public avec un sac en plastique sur la tête.
Et souvent, comme au LUFF Festival à Lausanne en 2013, Romain distribue aussi un sac en plastique (ou un sac poubelle) au public pour qu'il se les enfilent sur la tête.

« Avoir un sac poubelle sur la tête, c’est essentiel pour écouter VOMIR »

Au début, on se dit qu'on a sacrément l'air con avec ce sac poubelle sur la tronche (ce qui est vrai) ; mais finalement, plus ça avance, plus on se rend compte que le sac en plastique est essentiel pour vivre la performance.

Il permet de se couper vraiment du monde extérieur.
On ne voit absolument rien. On entend juste la puissance dévastatrice des sons. On entre en soi-même, presque en méditation.

Soit on se sent soit complètement écrabouillé ou vidé, soit complètement libéré et plein d'énergie.
Avec toutes ces têtes enfermées dans des sacs poubelles, ça donne des photos assez géniales.

« C’est un peu comme si tout une foule partait pour Guantanamo »

D’ailleurs on peut se poser la question de la torture dans le projet « VOMIR » de Romain Perrot.

Lorsqu’on lui demande s’il torture son public, Romain explique qu’imposer du Britney Spears pendant 10h sous la contrainte, c’est de la torture. Il explique au contraire qu’il créé une opportunité pour le public d’être réellement en situation d’isolement et d’immersion.

Pour son projet VOMIR, Romain Perrot a écrit un véritable manifeste nihiliste qu’il a posté sur le site de son propre label : décimation sociale. Pour lui, la musique noise est une forme d’anarchisme non-violent, une espèce de rage qui permet de rendre compte du sentiment d’abrutissement de l’être humain.

« L’individu n’a plus d’autre choix que de rejeter totalement la vie contemporaine. Le seul comportement totalement libre qui nous reste, réside dans la noise. La noise permet de ne pas capituler face à la manipulation, à la socialisation et au divertissement »

 C'est bien connu, « VOMIR » c'est se libérer d'un truc qui passe pas. Merci Roro, grâce à toi on se sent déjà mieux !

Dorothée Thébert : Jukebox et Poïpoïdrome

21 avril 2017

Dorothée Thébert est artiste. Photographe, performeuse, metteuse en scène, avec son mari elle a créé « L' Absence de Gouvernail », un spectacle dont VOUS êtes les acteurs.

Dans les Culturbitacées, elle est venu nous parler du mouvement Fluxus, du Poïpoïdrome et de parties de cache-cache à poils. On a aussi un peu discuté de l'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp.

Le métal hurlant de Fabien Boissieux

18 avril 2017

Son groupe de post hardcore a le nom d'une navette spatiale qui a mal fini : Challenger.
À bord, c'est lui qui pilote et qui tient le micro.
Dans Les Culturbitacées, on a demandé à Fabien Boissieux si c'est facile d'être à la fois agent, programmateur et artiste et surtout pourquoi il se met dans un état pareil durant ses concerts. Il a même crié rien que pour GRRIF.

Du métal a capella, c'est juste ici :

L’artiste qui crie sur ses tableaux

18 avril 2017

 

La performance de Kim Beom s'appelle Yellow Scream et date de 2012.

Dans cette vidéo, vous pouvez assister en temps réel à la naissance d'une toile peinte avec plusieurs nuances de jaune et sous l'influence de plusieurs nuances de cris.

 

Dans cette vidéo, l'artiste explique qu'il utilise le son de ses cris pour accompagner chaque coup de pinceau. Il pense que la fréquence et l'intention qu'il met dans ses cris affectent directement les lignes et la couleur de sa peinture.

 
Kim Beom place sa bouche très proche de la toile et il hurle littéralement en suivant le mouvement de sa main qui peint.
Il varie les types de cris pour voir si l'effet sur la toile est différent.

 

Kim Beom n'utilise pas cette technique par hasard… il explique qu'un coup de pinceau donné avec un cri est très différent d'un coup de pinceau normal, et que l'effet du cri est enregistré dans tous les coups de pinceau.

 

Sur la toile, toutes les nuances de jaune sont donc censé nous renvoyer les émotions contenues dans les différents types de cris.

 

Apparemment, l'artiste a voulu questionner la nature existentielle de l'art contemporain. En criant sur sa peinture, il nous raconte que l'art n'existe pas en-dehors de l'expérience humaine.

 

Mais Kim nous explique qu'il a surtout voulu se moquer d'un présentateur télé qui anime des émissions didactiques pour apprendre aux gens à peindre chez eux.

Une pierre deux  coups, et un acouphène !

La noise de combat des Egyptian Females

11 avril 2017

À la base, les Egyptian Females Experimental Music Session sont 7 sur scène. Mais parfois moins.

Certaines portent le voile. D'autres non.

Et de toute façon, on s'en fiche.

Malgré tout, ce n'est pas tous les jours qu'on voit des filles voilées triturer des machines pour en faire sortir de la noise expérimentale.

 

En effet, le titre du groupe ne laisse aucune place au doute, ce sont bien des égyptiennes qui font de la musique noise expérimentale.

« Elles utilisent le son pour protester contre l’injustice »

Pour mieux comprendre leur musique, il faut remonter jusqu'à Ahmed Basiouny, artiste, professeur et pionnier de l'art sonore.

Il est l'un des premiers à avoir proposé un regard déconstruit sur la sphère sonore en Egypte.
À travers la création d'un workshop artistique gratuit à l'université, Ahmed a  longtemps enseigné la culture digitale à ses élèves et la manière d'être totalement libre dans l'utilisation sonore et dans l'expression créative musicale.

« Désormais, Basiouny est considéré comme un martyre »

En 2011, pendant la révolution égyptienne sur la place Tahrir, les forces de l’ordre lui ont tiré une balle dans la tête.
Depuis, les Egyptian Females se revendiquent directement de son art et de sa manière de faire du son.
En utilisant des structures empruntées au jazz, des enregistrements pris dans la nature (des fields recording) et des techniques super do-it-yourself, elles recréent le paysage sonore et émotionnel qu’on peut retrouver en se baladant au Caire.

« La musique noise est une manière de refuser radicalement la conversation. Elle force notre imagination à traverser des contrées sonores sauvages et à ressentir des émotions. »

Ce qu’elles veulent à travers leur musique, c’est nous communiquer les injustices politiques, artistiques et sociales qui traversent l’Egypte actuelle.

Demain soir au Bad Bonn, le concert des Egyptian Females sera d’autant plus intense que l’actualité de leur pays est à nouveau sur le devant de la scène depuis dimanche dernier.
Comme en 2011, durant les affrontements de la place Tahrir, l’Egypte est à nouveau en état d’urgence après 2 attentats perpétrés contre la communauté Copt.
Même si l’actualité en Egypte n’est pas très réjouissante, la relève musicale semble debout.  Rendez-vous donc demain soir au Bad Bonn, pour une bonne bouffée de sons et d’émotions.

La performance manquée d’un astro-saxophoniste

7 avril 2017


Ronald McNair est astronaute. Dans les années 80 il est le deuxième afro-américain à voyager dans l'espace.

Mais Ronald McNair est aussi un excellent musicien. Sa passion c'est le saxophone.

En 1985, un fameux expérimentateur futuriste français du nom de JeanMichel Jarre, repère notre saxophoniste de l'espace.

Séduit par les qualités musicales de Ronald, il lui propose d'enregistrer ensemble un morceau sur son album « Rendezvous ».

 

Complètement fasciné par l'espace et les missions spatiales, Jean-Michel Jarre lui demande de jouer et d'enregistrer le solo de saxophone du titre à bord de la navette en conditions d'apesanteur, pendant une mission.

« 6ème rendez–vous » doit devenir le premier morceau musical joué et enregistré dans l'espace.

Sauf que tout ne s'est pas passé comme prévu.

Le 28 janvier 1986, la navette Challenger avec l'astronaute–saxophoniste à son bord se désintègre après 1min13 de vol.
L'équipage est décimé.

Ronald McNair n'a jamais eu le temps de dégainer son saxo et Jean–Michel Jarre n'aura finalement jamais son solo enregistré dans l'espace…

Après la catastrophe, Jarre rend un dernier hommage à Ronald McNair en changeant le nom du dernier morceau qu'il avait composé avec lui. De 6ème Rendez-vous, le titre devient Ron's Piece.

Pour remplacer Ronald dans cette version album du titre Ron’s piece, c’est finalement Pierre Gosset qui jouera le solo de saxo.

Et heureusement pour lui, Pierre Gosset n’est QUE musicien.

Colin Vallon, un pianiste de guérilla

31 mars 2017

Colin Vallon est pianiste. On serait tenté dans l’enfermer dans la case « jazz » mais c’est un expérimentateur qui aime brouiller les pistes. Avec Julian Sartorius et Patrice Moret, ils forment le Colin Vallon Trio.

«…La puissance des compositions et le sens d’exploration de ce groupe le démarquent des autres trio. »

Nate Chinen, New York Times

Comme John Cage, Colin Vallon bidouille son piano pour en faire sortir des colorations sonores particulières.

Dans les Culturbitacées on lui a demandé comment il s’y prend pour préparer son piano et pourquoi ça a toujours été si compliqué pour lui d’apprendre à lire la musique.

En passant, on a aussi écouté quelques titres de « Danse », le 5ème et dernier album du Colin Vallon Trio.

Guitar Drag

28 mars 2017

Imaginez le sud du Texas, un beau jour ensoleillé de 1999. Au bord de la route, un ampli est fixé sur le pont d’un pick-up noir.
Au bout de l’ampli, u
ne Fender Stratocaster branchée est attachée à une corde et traîne derrière le pick-up.
Le pick-up démarre. Les caméras embarquées sur le pont enregistrent la performance et le son qui s’échappe de la guitare qui traîne sur le goudron. Le nom de la perfo : Guitar Drag.

Cette performance recèle plusieurs dimensions ;

l’artiste américano-suisse Christian Marclay rend hommage à ses influences punk. Il démystifie l’objet ; cette guitare qui traîne sur l’asphalte. Il laisse à penser que ce n’est pas nécessaire de savoir jouer pour faire de la musique. Ensuite, on comprend que l’artiste évoque les rituels de destruction d’instruments si chers à Kurt Cobain, à la période punk-rock, et avant ça, aux artistes du mouvement Fluxus.

« Un puissant manifeste politique »

Mais quelques mois auparavant, c’est sur cette même route qu’un afro-américain,

James Byrd Junior, a été attaché par une chaîne à un pick-up par des suprématistes blancs et traîné sur plus de 3 kilomètres.
James est resté conscient sur la plus grande partie du trajet et les assassins ont jeté ce qui restait de son
corps près d’un cimetière afro-américain.

Christian Marclay a refait exactement le même trajet avec son pick up et sa guitare attachée.

La guitare devient donc le prolongement du corps de James Byrd.

 

Là où la guitare de Christian Marclay crie sur les aspérités du goudron, on imagine le corps de James Byrd qui est passé au même endroit.

« Un hommage au Blues »

La guitare est le symbole du blues qui est né de la souffrance du déracinement des noirs américains dans les champs de coton. En la laissant traîner derrière son pick up et pousser des longues plaintes électriques, Christian Marclay rappelle avec cette guitare que c’est tout un peuple qu’on tue.

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