Perfos sous X

« Faites-moi ce que vous voulez, je suis un objet »

21 décembre 2017

Imaginez sur une table 72 objets différents, et la permission de les utiliser absolument comme vous le souhaitez sur un être humain debout devant vous… Jusqu’où êtes-vous capable d’aller? À quel point les êtres humains sont-ils soumis à leurs pulsions les plus sombres?

Cette question, Marina Abramovic l’a posée à son public en 1974, lors de la performance « Rhythm 0 » dans une galerie napolitain.

Rhythm 0 1974 Marina Abramovic born 1946 Lent by the Tate Americas Foundation 2011     http://www.tate.org.uk/art/work/L03651

«Sur la table il y a 72 objets avec lesquels vous pouvez me faire ce que vous voulez. Performance. Je suis un objet. Je prends la responsabilité de tout ce qui se passera dans ce laps de temps. Durée : 6 heures (de 20h à 2h)»

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Celui qui repousse les limites du béton

14 décembre 2017

Ce soir, demain et samedi à la Gravière à Genève, le performer suisse Yann Marrusich présente « Le Festin Du Béton » : une performance ultra dangereuse durant laquelle son corps se retrouvera prisonnier, coulé dans du béton. Pour tenter de s'en sortir, il va devoir casser cette masse qui l’oppresse, de l'intérieur, grâce à un marteau muni d'un pic.

«Dans mes performances j'aime bien mettre de la tension»

Quelques heures avant de bouffer du béton, on a demandé à Yann Marussich comment il se sentait.

«Le béton se resserre sur le corps donc c'est extrêmement oppressif (…) il faut pas y penser et respirer très doucement»

Marina Abramovic tape contre les murs

8 décembre 2017

La légende serbe du body art et de l'art performance, Marina Abramovic, a partagé douze ans de sa vie avec son ancien compagnon : Ulay.

Vie privée et performances, ils ont mis en scène leur couple lors de multiples performances qui testent leurs limites physiques et psychiques. « Expanding in Space » reste l'une des plus violentes et des plus marquantes en raison de la métaphore du couple qu'elle propose.

«Dans un couple, ce qu’on gagne en espace et en autonomie en repoussant les murs, on peut le faire seulement en augmentant la distance entre nous.»

Le vagin comme mitraillette

16 novembre 2017

La performeuse féministe Valie Export a encore frappé !

Dans Perfos sous X, on vous a déjà raconté « Touch Cinema », une performance de 1968 durant laquelle les passants pouvaient toucher les seins del'artiste à l'intérieur d'une boîte.

 

La même année, Valie Export propose « Genitalpanik », une nouvelle œuvre radicale qui continue à questionner les liens entre la construction du genre féminin et le système médiatique.

« Genitalpanik » se déroule à Munich dans une salle de cinéma remplie de messieurs qui matent un film porno. Valie Export débarque dans la salle, les cheveux en pétard, habillée d'un jean découpé à l'entre-jambe qui laisse complètement apparaître son pubis.  Dans cette tenue, elle déboule en hurlant sur le public qu'il y a un véritable sexe à leur disposition.

 

Comme sur cette photo prise quelques temps plus tard, il paraît qu'elle aurait eu une mitraillette à la main, mais il y a débat sur la question…

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Drogue, amour, torture : l’artiste qui crée constamment sous influence

13 juin 2017

Tout a commencé le 30 mars 1995… c’est à cette date que Bryan Lewis Saunders commence à se dessiner lui même. Jusqu’à la fin de sa vie il décide de réaliser un autoportrait par jour avec toutes sortes de techniques. Jusqu’à aujourd’hui, il a réalisé plus de 10’000 dessins de sa frimousse, tous différents, «comme les empreintes digitales ou les flocons de neige» dit-il.

Jusque-là, rien de nouveau ! ça fait longtemps que les artistes font leur autoportrait. Sauf qu’un jour, Bryan décide d’expérimenter comment différentes substances psychoactives peuvent influencer ses dessins et la perception qu’il se fait de lui-même en se dessinant.

«Violet le matin. Bleu l'après-midi. Orange le soir. Les voilà mes trois repas, monsieur le petit malin. Et vert le soir. Aussi simple que ça. 1 2 3 4. »

Pendant 62 jours, il va prendre 62 drogues différentes : une par jour, avant de réaliser son autoportrait.

Le panel des drogues va des champis à l’absinthe ou au cannabis, en passant par les sels de bain, le valium, la cocaïne et le crystal meth…

Résultats : les auto-portraits sont souvent hyper colorés et complètement psychédéliques… parfois on ne le reconnaît pas tellement les traits sont minimaux, agglomérés ou hallucinés.

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Justice Yeldham, le vitrier croque-noise

26 mai 2017

Justice Yeldham (Lucas Abela se son vrai nom) est un artiste de noise physique et expérimentale qui se frotte des plaques de verre sur le visage et qui arrive à les briser avec le son de sa voix amplifiée.

Lucas prend une grande plaque de verre, il y colle des petits micros contacts qui vont amplifier sa voix. Il plaque ensuite son visage sur le morceau de verre et créer des sons avec sa bouche, le frottement de sa peau et des pédales à effets.


Les vibrations sont amplifiées grâce aux micros et la plaque de verre se casse sur son visage…. D’abord en deux, et il continue jusqu’à ce que le morceau de verre soit tout petit.
Ça lui arrive même de mordre dedans, on a presque l’impression qu’il veut manger la vitre !

À force de performer aux 4 coins de la planète, on se dit que Justice Yeldham doit avoir le visage scarifié et déformé. Absolument pas !

Quand on le voit il n'a quasiment aucune cicatrice. Il affirme qu'il ne sent pas la douleur des coupures.
Rien n'est laissé au hasard, son show est ultra précis et complètement maîtrisé.

Seedbed : la perfo masturbatoire de Vito Acconci

23 mai 2017

Vendredi 28 avril, l’artiste américain Vito Acconci est mort à l’âge de 77ans.
Depuis, le monde de l’art contemporain pleure un de ses pionniers de l’art performance!
Dans ses perfos, il a toujours questionné la place de l’artiste et du spectateur dans l’espace, Mais aussi le lien direct entre l’artiste et le spectateur.

« C’est dans ce contexte qu’en 1972 Vito créer « Seedbed », une de ses performances les plus provoc et les plus célèbres. »

Dans la galerie Sonnabend à New-York, il décide de construire un faux plancher d’environ 50 cm à l’intérieur de la galerie et de se glisser à l’intérieur pour attendre les visiteurs.
Lorsqu’ils arrivent, le public n’a rien à voir. Les visiteurs déambulent au-dessus de sa tête, dans un espace vide.

« Sauf que Vito Acconci est là, tapis dans le faux plancher. Il commence à se masturber en suivant les pas des visiteurs et en fantasmant sur eux. »

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Titicut Follies, le docu qui a choqué l’Amérique

23 mai 2017

Frederick Wiseman est l'un des plus grands réalisateurs de documentaires au monde.

En 1967, il est le premier à filmer les conditions de détention de prisonniers psychiatriques auxEtatsUnis. Il réalise un documentaire choc qui sera censuré pendant plus de 30 ans et qui va largement inspirer des films comme : Vol au-dessus d'un nid de Coucou, Full Metal Jacket ou Elephant de Gus Van Sant.

 

Imaginez un asile psychiatrique dans les années 60 avec les connaissances médicales de l'époque : pratique courante des électrochocs, gavage alimentaire à l'entonnoir, bains et douches froides, contentions permanentes, malades utilisés comme cobayes chimiques, etc.
 
Imaginez maintenant une prison dans les années 60 avec des conditions de détention proche de zéro et un système carcéral qui a rarement entendu parler des droits humains fondamentaux.

 

 Mélangez ces 2 images et vous obtenez l'unité carcéral de l'hôpital de Bridgewater dans le Massachussets.

Pendant plus d'un an, Wiseman reçoit l'autorisation de filmer le quotidiens des prisonnierspatients sans aucun commentaires, ni interview.

 

Le résultat montre des images complètement inhumaines. Gavages, insultes, les détenus sont maltraités physiquement et verbalement à longueur de temps par le personnel soignant et les gardiens.

« Le documentaire choque l’Amérique. Il est censuré dès sa sortie, pendant presque 30 ans. »

Wiseman doit même comparaitre devant la cour suprême du Massachussets pour atteinte à la vie privée des détenus. Pourtant, avant de filmer, il obtient l'autorisation écrite de tous les patients incarcérés et des autres intervenants du film. Mais la cour estime que le documentaire représente : « un cauchemard d'obscénité macabre ».

Le tribunal ordonne de retirer le film de la circulation et de brûler la pellicule.

Cet épisode n'a pas empêché Wiseman de réaliser 43 documentaires critiques sur les institutions américaines, en 50 ans de carrière. Il a complètement révolutionné l'histoire du documentaire en immergeant le spectateur dans des lycées, des prisons ou des grands magasins.

Chris Burden, le pionnier no-limit de l’art performance

16 mai 2017

Dans les milieux de l'art contemporain des années 70, Chris Burden est l'un des premiers artistes a réaliser des performances extrêmes.

Durant environ 5 ans, il réalise une cinquantaine de perfos lors desquelles il explore les limites de son corps, toujours en considérant le danger comme une expérience artistique.

Son oeuvre la plus emblématique (et la plus controversée) s'appelle Shoot.

Dans une galerie, Chris Burden se tient debout, à quelques mètres de distance d'un de ses amis qui porte un 22 long rifle.
Soudain, Chris lui fait signe. Le complice ajuste son fusil et le coup part dans le bras gauche…

«“Limite” est un terme tout relatif. Comme la beauté, les limites sont souvent dans l’œil de celui qui regarde. »

Pour son travail de thèse, Chris Burden s’enferme dans un casier d’étudiant, plié en 4, avec 20 litres d’eau dans un espace en-dessus de sa tête, et un autre espace en-dessous pour faire ses besoins. Il en ressort 5 jours plus tard…la perfo fait scandale mais il obtient son diplôme.

En 1974, dans « Trans-Fixed », Chris Burden se fait véritablement crucifier sur l’arrière d’une coccinelle qui roule à toute allure durant 2 minutes au milieu de Los Angeles.

Burden

À partir de 1975, Burden arrête progressivement la pratique des performances. Il se méfie des médias et sait comment la presse est en train de rendre compte de son travail. Elle passe complètement à côté de son œuvre et il refuse de faire le jeu du sensationnalisme.

« Je ne suis pas Alice Cooper, je ne cherche pas à vendre des places de concert »

Une des clés pour comprendre les œuvres et les perfos de Burden se trouve dans le contexte des Etats-Unis des années 70.

  La guerre du Vietnam sacrifie toute une génération d'américains à l'époque et Burden devient le porte-parole de cette jeunesse punk et désenchantée.
Il cherche presque à banaliser cette horreur de la guerre et de la souffrance pour la rendre plus réelle et toucher les limites du supportable.

 

Chris Burden devient donc l'emblème d'une contre-culture et bouleverse complètement l'art contemporain.

«Je suis un artiste conventionnel, c’est le rôle des artistes de repousser les limites. Je fais ce que chaque artiste devrait faire. »

Chris Burden est décédé en mai 2015…. d'un mélanome malin.

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