«Erotissimo», le film qui se demandait si Mai 68 avait vraiment libéré les femmes

11 mars 2020

Synopsis

C’est l’histoire d’Annie, femme d’un chef d’entreprise. Elle vit dans un grand appartement design et passe ses journées à lire des magazines qui enjoignent les femmes à être «érotiques». Elle se pose alors toutes sortes de questions existentielles : « Devrais-je aller chez le coiffeur pour ressembler aux filles des magazines ? Suis-je à la hauteur des nouvelles attentes des hommes ? » Feuilleter les magazines féminins finit par l’angoisser. Est-elle assez sexy pour plaire ?

Libération = nouvelle aliénation

Sorti le 6 juin 1969,  ce film est le reflet d’une société qui s’inquiète de l’érotisme toujours plus envahissant dans l’espace public. Depuis Mai 68, tout semble être allé trop vite, et on voit désormais les femmes comme les victimes des nouvelles normes sexuelles. C’est le propos de cette comédie signée Gérard Pirès, avec Annie Girardot, Jean Yanne, Francis Blanche, Daniel Prévost et Serge Gainsbourg. Erotissimo pose la question de la nouvelle aliénation des femmes, paradoxalement induite par leur libération. Les personnages masculins du film sont d’ailleurs présentés comme des prédateurs : ravis des effets de Mai 68, ils peuvent maintenant s’en donner à cœur joie en matière de sexe.

erotisso

Plus qu’un film, une fresque sociologique

Avec son affiche provocatrice de Wolinski, le film décrit et caricature le poids des nouvelles injonctions faites aux femmes à travers la publicité, les revues, les affiches de cinéma et la mode vestimentaire. « Soyez sexy, assumez votre sexualité, prenez un amant ! ».  Car si grâce à Mai 68, les femmes peuvent maintenant choisir leur partenaire sexuel, leurs vêtements ou encore de faire un enfant ou non, le mouvement a parallèlement imposé de nouvelles normes sociales et sexuelles qui font surtout pression sur elles. Erotissimo, un film, mais surtout un précieux document sociologique.