Article de l'auteur Marie-Luce

OK Computer de Radiohead a 20 ans

22 juin 2017

Avec son atmosphère étrange, irréelle, « OK Computer » est un ovni dans le paysage musical des années 90. Sorti le 16 juin 1997, il fait passer le trip-hop et la britpop pour des genres d’un autre siècle. Julia, amatrice de Radiohead, nous raconte comment elle a apprivoisé cet album :

« Il y a eu OK Computer, et après il y a eu une nouvelle ère, une espèce d'évolution. Je pense que c'est un album vraiment important. »

Un disque très important, pour le son d’abord : on n’avait rien entendu d’aussi rageur et plaintif à la fois, d’aussi maladif et d’aussi énergique. Pour les sujets abordés, ensuite : avec OK Computer, Radiohead est un des premiers groupes à parler des nouvelles technologies et de leurs effets aliénants sur l'être humain. Plombant, torturé, l'album a quelque chose de prémonitoire, à l’heure où tous les foyers occidentaux s'équipent d’internet. Le titre « Karma Police » , par exemple, évoque une sorte de police de la pensée largement inspirée du « 1984 » de George Orwell. Il véhicule l’idée que les nouvelles technologie et le big data feront disparaître le libre arbitre.

Ce genre de considération fait d’OK Computer le premier disque engagé et mûrement réfléchi de Radiohead. Comme premier single, le groupe avait d’ailleurs choisi « Paranoid Android », l’histoire d’un androïde dépressif et paranoïaque : le morceau dure plus de 6 minutes, et aucune radio de l’époque ne se serait permise de le diffuser à heure de grande écoute.

N'empêche que ce rock intello et geignard a très vite acquis ses lettres de noblesse, aussi bien publiques que critiques. Aujourd'hui, Radiohead compte – paradoxalement – parmi les groupes qui jouent le mieux avec les nouvelles technologies,  malgré la dénonciation qu'il en faisait à l'époque. Et le public répond présent, à chaque nouvel album, à chaque annonce sur les réseaux sociaux et à chaque concert, vécu comme une grand-messe où l'on vient recevoir la parole divine.

Bad Bonn Kilbi, Corbak & Toxoplasmose

31 mai 2017

Là, on peut vraiment dire que la saison des festivals est lancée. Ce week-end, vous n’avez qu’à choisir parmi nos propositions. Vous êtes plutôt :

 

Avide de hard

Toxoplasmose, Château d’Erguël

Curieux de découvertes

Bad Bonn Kilbi, Düdingen

Et si vous êtes toujours indécis, un aperçu en son pourra peut-être achever de vous convaincre.

Jeff Buckley décédait il y a 20 ans, noyé dans la Wolf River

26 mai 2017

Le 29 mai 1997, Jeff Buckley disparaît dans les eaux boueuses de la Wolf River, affluent du Mississippi, après le passage d'un bateau à aubes. Le chanteur vient de plonger tout habillé en chantant Whole Lotta Love de Led Zeppelin à tue-tête. Sa dépouille est retrouvée six jours plus tard. L'autopsie confirme la noyade accidentelle. Jeff Buckley est mort à l'âge de 30 ans, en laissant à la postérité un unique album, Grace, paru en 1994.

Une année faste pour l'industrie du disque : Portishead sort Dummy ; Blur, Parklife ; et Soundgarden son fameux Black Hole Sun. Au milieu de tout ça, le premier album de Jeff Buckley est un ovni.

« Jeff Buckley est mort à l'âge de 30 ans, en laissant à la postérité un unique album, Grace, paru en 1994. »

Grace est un disque lyrique, romantique, aux arrangements baroques. Jeff Buckley y chante comme une femme, passant des aigus aux graves comme un chanteur d’opéra : sa voix couvrait quatre octaves. Un album délicat, aussi, qui mélange compositions originales et reprises bien senties. Comme le standard du jazz Lilac Wine, que Nina Simone avait rendu célèbre.

Et si Grace ne fait pas tout de suite l’unanimité dans les charts, il finira par s’imposer comme un des disques les plus importants des années 90, adoubé par David Bowie qui le considère comme le meilleur album jamais enregistré. Dessus, on retrouve la mythique reprise d’Hallelujah, titre de Leonard Cohen, sorti en 1982 et passé complètement inaperçu à l’époque. En se l’appropriant, Jeff Buckley en a fait un tube.

« Grace finira par s’imposer comme un des disques les plus importants des années 90, adoubé par David Bowie qui le considère comme le meilleur album jamais enregistré. »

La carrière de Jeff Buckley avait commencé alors qu’il écumait les bars en rendant hommage à son père, le chanteur Tim Buckley, musicien folk plutôt raté qui n’a jamais connu son fils. Il l’avait pourtant précédé dans la tragédie, en décédant à l’âge de 28 ans d’une overdose, c'était en 1975. Ironie du sort, c’est le succès de Jeff Buckley qui a lancé la carrière de son père : Tim Buckley vendra pas mal de disques dans les années 90, touché, a posteriori, par la grâce d’un album qui, loin des canons pop de l’époque, portait si bien son nom.

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