Il y a des sons qui, en plus de traverser les frontières, explorent les genres musicaux sans jamais perdre leur identité. De là à les appeler les samples-du-voyages-non-genrés, il n’y a qu’une mesure.
En 2014, le groupe de rock britannique Kasabian s’installe dans les studios de la BBC pour un live tout en retenue. À la surprise générale, ils dégainent une reprise rock de Fancy, le banger ultra-produit de la rappeuse australienne Iggy Azalea. Tendez l’oreille aux violons sur la fin du morceau…
Treize ans plus tôt, en 2001, les Californiens de Dilated Peoples gravaient cette même boucle dans le marbre du hip-hop avec Worst Comes to Worst. Une production cinq étoiles signée The Alchemist.
En 1995, l’ambiance est ailleurs. La drum and bass sort de l’underground pour s’emparer des charts et des médias britanniques. Bristol devient l’un des épicentres du mouvement, porté par des artistes comme Roni Size ou DJ Krust. Ce dernier s’empare lui aussi du même motif sur Guess.
Mais alors, d’où vient cette ligne de guitare universelle qui a fasciné rockeurs, rappeurs et clubbers ?
Pour le savoir, il faut remonter jusqu’en 1968. Direction les studios Stax à Memphis. Là, le grand seigneur de la southern soul, William Bell, enregistre son chef-d’œuvre : I Forgot to Be Your Lover. Une complainte sur le regret qui, sans le savoir, allait nourrir la musique des cinquante années suivantes.
Comme quoi, entre la soul de Memphis, le bitume de Los Angeles et un studio de la BBC, il n’y a parfois qu’une boucle.
Un sample presque parfait.
Crédit image : William Bell

