Summer sample

15 juin 2026

Parfois, l’histoire de la musique tient à un glissement de quatre notes de basse.

En 2019, les trois sœurs de HAIM illuminent l’été avec Summer Girl. Une pop lumineuse portée par un saxophone chaleureux et surtout cette ligne de basse ronde et nonchalante qui évoque instantanément une fin d’après-midi au bord de l’océan.

Vingt-huit ans plus tôt, en 1991, le hip-hop est devenu une affaire très rentable. Avant de faire carrière au cinéma, Mark Wahlberg cartonne avec Marky Mark and the Funky Bunch. Sur Wildside, l’équipe récupère une ligne de basse déjà testée et approuvée par le public. Pourquoi chercher plus loin quand le groove fait déjà le travail ?

Mais un an auparavant, à New York, l’intention est toute autre. Sur Can I Kick It?, A Tribe Called Quest ralentit cette même basse et la marie à une batterie samplée de Lonnie Smith. Résultat : un morceau fondateur qui contribue à installer le jazz-rap comme une nouvelle voie pour le hip-hop.

Mais alors, d’où vient cette ondulation mythique qui a traversé la pop californienne, le rap commercial et le hip-hop le plus créatif ?

Pour le savoir, il faut remonter jusqu’en 1972.

Cette année-là, Lou Reed enregistre Transformer, coproduit par David Bowie. Pour donner à Walk on the Wild Side sa couleur unique, le bassiste Herbie Flowers a une idée aussi simple que géniale : enregistrer simultanément une contrebasse acoustique pour la rondeur et une basse électrique pour l’attaque.

Quatre notes. Deux basses. Et plus d’un demi-siècle plus tard, les machines continuent de faire tourner ce riff en boucle.

Un sample presque parfait.