Soyons honnêtes : le hip-hop doit beaucoup à la soul, au funk, au disco et à tous ces musiciens qui, de manière générale, portaient des costumes à paillettes. Aujourd’hui, direction les coulisses d’un sample qui a fait le bonheur de trois générations de beatmakers.
En 2026, la grande prêtresse Erykah Badu envoie du bois avec le producteur The Alchemist sur l’album Before the World Blows. Next to You est sans doute l’un des meilleurs morceaux de la galette. Un son fluide, organique, chaleureux, qui donnerait envie même au militant vegan le plus convaincu de se tortiller nu sur une peau de bête au coin du feu.
Très classe, mais pas nouveau. En particulier pour The Alchemist, qui avait déjà siphonné cette boucle pour produire le titre The Realest de Mobb Deep et Kool G Rap en 1999. L’ambiance, en revanche, n’était pas du tout la même. Oubliez le feu qui crépite : vous voilà plongé dans un Queens poisseux qui sent l’essence et la weed bon marché.
Dix ans plus tôt, en 1989, la pionnière MC Lyte sort Stop, Look, Listen. Autre époque, autre technologie : dans ces années-là, les premiers samplers ont autant de mémoire qu’un poisson rouge dans son bocal. Pas grave, le producteur bricole et isole une seule et unique note, répétée en boucle comme un motif mécanique super hypnotique.
Mais alors, d’où sort cette fameuse note qui a voyagé des machines 8-bits jusqu’à la néo-soul d’Erykah Badu ? Pour le savoir, il faut remonter en 1974. Le groupe Ecstasy, Passion & Pain entre en studio pour enregistrer Born to Lose You. Aux instruments, des musiciens de session tirés à quatre épingles enregistrent sur de grosses bandes magnétiques un disco ultra-élégant, au tempo ultra-ralenti, ultra-mélancolique… et ultra-bon.
Sans le savoir, ces messieurs en costume venaient de composer le matériau brut de trois générations de beatmakers.
Un sample presque parfait.

