Un morceau ne se contente pas toujours d’être découpé au même endroit.
Parfois, il est exploré, fouillé, visité par différents producteurs, comme on se promène dans une même maison… mais pas dans les mêmes pièces.
En 2020, Busta Rhymes ouvre l’album Extinction Level Event 2 avec une intro monumentale.
Orchestre, voix mythiques, ambiance de fin du monde.
Et au milieu de ce générique XXL, une boucle de piano qui installe tout de suite la tension.
Classe, dramatique, presque cinématographique.
Comme si le jazz venait annoncer la fin de la récré.
1996. New York est encore dans son âge d’or.
Boom-bap sec, conscience aiguisée, rues froides et cerveaux en ébullition.
Jeru the Damaja laisse tourner son vinyle favori et va sampler le même morceau, mais pas au même endroit.
Un peu comme quand on copie son voisin de classe, en changeant deux ou trois fautes pour ne pas se faire choper par la prof.
Deux ans plus tôt,
Nas est le premier à attraper la partie devenue mythique.
Un piano ample, une respiration, un groove qui ouvre l’espace.
Ce sample sonne comme une promesse faite à un gamin en rentrant de l’école :
le monde est à toi… mais il faudra te battre pour le garder.
Pour trouver l’origine, il faut remonter à 1970.
Ahmad Jamal, pianiste immense, architecte du silence et du groove, est aussi l’un des musiciens préférés de Miles Davis.
Avec son trio, il enregistre I Love Music, un morceau tout en élégance.
D’un club de jazz enfumé aux studios de rap surchauffés,
cette musique n’a jamais cessé d’être visitée, découpée, réinterprétée.
Un véritable terrain de jeu… et un sample presque parfait.

