The Dining Dead

28 août 2012


Diatribe, bières et rock alternatif! Cette semaine on maltraite les Dining Dead.

Le groupe ajoulot s'est plié au jeu du 666. En même temps, les Dining Dead nous ont parlé de leur façon de travailler, de leurs influences aussi diverses qu'écletiques, et de leurs projets pour la rentrée des clubs.

Do You Musique passe quelques titres de « Shape of a cage », leur dernier EP: « Happy » et « A Suggestion to consider ». On a même eu droit à un morceau inédit, « Hell's Doom », en live et en crade dans leur local. C'est sale et on aime ça.

Deux EP collent à la disco des Dining Dead

Le groupe explique l'évolution entre les deux disques:

« Substitute for wine », l'extrait le plus mélancolique de « Shape of a Cage »

Le groupe en première partie des Young Gods au festival Impetus 2011

Les souris donnent leurs langues au chat

28 août 2012

The mousetrap

Saviez-vous queâ…

La pièce « la Souricière » d'Agatha Christie est jouée sans interruption depuis 1952, Et aucun spectateur n'en a révèlé la fin une fois sorti du théâtre.

60ans qu'elle dure cette pièce! Avec plus de 23'000 représentations données! D'abord à The Ambassadors Theater jusqu'en 74, ensuite au St-Martins Theater.

« La Souricière » d'Agatha Christie est un roman policier qui était destiné à la radio avant de finir sur les planches. Du haut de son génie, l'écrivaine a demandé expressément que les spectateurs qui assistent à la pièce ne dévoilent pas la fin du mystère une fois sorti du théâtre. C'est fou mais les gens ont tenu parole pendant presque 60ansâ…

Mais comme tout fout le camp de nos jours, ce terrible secret a fini par craquer comme tous les autres. Et de manière très idiote: Depuis 2010, la page wikipedia destinée à cette pièce de la souricière d'Agatha Christie, révèle la fin de l'intrigue !

Le lien est juste en-dessous. On va voir si vous résistez à la tentation, fouineurs!!!

Les hirondelles de la mort

27 août 2012

hirondelles

Saviez-vous que…

… Les hirondelles sacrifient leurs petits s'il fait trop froid !

La nature fait bien les choses il paraît. C'est pour ça qu'en temps normal, pour échapper aux fricasses, les hirondelles descendent en Afrique quand les températures chutent.

Seulement, la météo peut parfois se montrer cabotine sous nos latitudes et si le mercure dégringole à moins dix degrés, les hirondelles ne trouvent plus d'insectes pour se nourrir. Résultat : elles balancent leurs gamins hors du nid.

En 1974, Bloqués par le froid, 470'000 oiseaux ont été sauvés par les naturalistes européens et renvoyées en Afrique par avion. Mais elles ont été aussi pénibles que les immigrésâ… elles sont revenues la saison suivante.

Sans alcool, les USA ont la gueule de bois

24 août 2012

Prohibition
Quel gâchis.

La dernière de « Comme si je savais pas » a fait vœu d'abstinence pour se replonger dans une tranche non alcoolisée de l'histoire des Etats-Unis : la prohibition.

Origines

La prohibition, c'est l'interdiction de la fabrication, du commerce et de la consommation d'alcool. C'est surtout un phénomène lié aux Etats-Unis, dans la première moitié du 20e siècle, mais on peut aussi citer le Canada, la Finlande et la Russie.

Aux Etats-Unis, la prohibition a découlé du mouvement de tempérance, créé au 18e siècle par les pasteurs presbytériens. L'alcool était désigné comme le responsable des violences conjugales et de la pauvreté. Les hommes d'église se sont très tôt mis à prêcher contre la consommation de cette invention démoniaque.

Le Maine fut le premier Etat américain à devenir un « dry state », un Etat sec, avec l'instauration de la prohibition en 1851. L'alcool faisait alors l'objet d'une véritable chasse aux sorcières, avec les femmes qui manifestaient devant les saloons des « wet states », les Etats sans prohibition. En fait, ce sont surtout les femmes qui ont œuvré pour que l'interdiction de l'alcool se généralise partout. Les eaux de vie ont rapidement été considérées comme un obstacle à l'émancipation féminine et au droit de vote. L'alcool, un bouc émissaire tout trouvé. On peut retenir cette formule : femme + religion = prohibition.

Evolution

De plus en plus d'Etats sont devenus « secs ». En 1916, 26 sur 48 ont interdit l'alcool. A l'époque, les brasseries américaines étaient souvent tenues par des Allemands. Mais durant la Première guerre mondiale, la germanophobie s'est répandue. Et elle a contribué au développement de la prohibition. En 1919, le Volstead Act a interdit sur tout le territoire américain la fabrication, la vente et le transport de boissons qui contiennent plus de 0,5% d'alcool. Exceptions : les médicaments, le vin des offices religieux et les boissons préparées à la maison.

Théâtre: je te tiens, tu me tiens…

24 août 2012

Postiches

Un spectacle pour les imberbes de tous poils.

Postiches est une pièce de théâtre, la première de la jeune compagnie jurassienne Métamorphose qui collabore avec les belges de l'Insaisissable.  Le texte et la mise en scène sont de Jordan Veya, il nous raconte une guerre burlesque entre barbus et moustachus.

L'affiche du spectacle
L'affiche du spectacle

Premières « escarmèches »

C'est ce weekend que les poils de toutes longueurs se déclarent la guerre sur scène. Les trois coups de feu éclateront à 20h30 au Café du Soleil à Saignelégier ce soir. Le spectacle sera ensuite présenté à Delémont le week-end prochain.

Juste avant l'entrée en guerre, Aurélie est allée déranger les troupes en répétition. Elle a notamment mis la main sur deux hommes de l'ombre par qui la lumière est:


 

Dans un magasin de porcelaine

24 août 2012

Tame ImpalaTame Impala

Terminé les vacances, il est temps de reprendre la route. Marie-Luce a fait le plein de sa Buick avec quelques groupes au son musclé que vous retrouvez entre 16h et 18h sur GRRIF. // Tame Impala nous joue un gros son de pachyderme avec Elephant, Les Two Gallants suivent avec un rock lourd et puissant sur le morceau My Love Won't Wait, le groupe The Babies pousse ses premiers cris sans guiziguizi avec Moonlight Mile, The Mynabirds se la joue rétro sur Generals, le duo texan Fergus & Geronimo nous sert un rock crispé et vivace et Dead Sara est bien vivante sur Weatherman. // Et si vous tendez bien l'oreille en dehors de la Buick, vous devriez tomber sur Hail Bop, la nouvelle tuerie de Django Django et le remix du premier single Octopus de Bloc Party qui réussit à nous faire oublier la version originale.

Fabrice Aeby

Tame Impala

Elephant

Two Gallants

My Love Won't Wait

The Babies

Moonlight Mile

The Mynabirds

Generals

Fergus & Geronimo

No Parties

Dead Sara

Weatherman

Django Django

Hail Bop

Bloc Party

Octopus (RAC Remix)

Dj Set – B-Fly

23 août 2012

B-Fly

I belieeeeve i caaan B-FLYYYYYYY !!!!!

Mix pèpère dans DJSet cette semaine. B-Fly nous promène à dos de techno minimal hypnotique, avec la décontraction d'une langue de crème sur une meringue.

Lui qui est habitué à charbonner dans ses sessions live, il a décidé de revenir en quatrième sur les turntables de GRRIF. Inutile de s'exciter quand on envoie de la matière première dans des postes radio, bien malingres face aux caissons de basses gargantuesques des clubs.

Easy B-Fly. Eaaaaasyyyyyyâ…

Tracklisting

  1. Adam Beyer // Be quiet
  2. Catz n'Dog ft. Monty Lure // They frontin
  3. Christian Smith // Indulge me
  4. Hyperactive // Wide open (Len Faki edit)
  5. Nic Fanciolli // Caller ID
  6. Clic Box // Match 5
  7. Tomaz n' Filterheadz // Sunshine ( Uto Farem Remix)
  8. Technasia // Heart of flesh
  9. Uner // Sol

Prochaines sorties

  • 25 août @ Braderie (Porrentruy)
  • 31 août @ Legend Club (Moutier)
  • 01 septembre @ oZZed Club (Delémont)

 

Une vision de la télé

23 août 2012

La TSRR dans toute sa splendeurr

La télévision, 128 ans d'histoire

1884

Paul Nipkow, un Allemand, crée une espèce de dispositif qui est l'ancêtre de la télévision.

1892

C'est la naissance de la télé moderne, comme on a pu la connaître. C'est l'invention du tube cathodique, l'ancêtre de l'écran plan. RIP, tube cathodique.

Les années 30

La phase d'essai et d'expérimentation de la télé. En Europe, la BBC s'y est collé etvaux Etats-Unis ça florissait de partout. Mais à l'époque, les techniques et les supports n'étaient homogénéisé. Ce qui a retardé le développement de la télé. Sans parler de la Seconde Guerre mondiale.

1932

La première émission régulière. C'est en noir et blanc, ça dure une heure, c'est une fois par semaine, et c'est diffusé sur tous les postes de France. Soit une centaine. c'est une révolution à l'époque.

1937

Encore une centaines de postes dans toute la France. Et c'est cette année que les premières émissions voient le jour. Mais il ne fallait pas les rater. C'était tous les soirs de 20h à 20h30.

1951

Et la couleur vie ! Aux Etats-Unis, on diffuse les premières émissions publiques en couleurs.

1957

La télévision fait définitivement partie de la société et de la vie des bons chrétiens. Le pape Pie XII fait de Claire d'Assise la sainte patronne de la télévision.

Très vite, la télé est devenue le média le plus populaire partout dans le monde

Comme en son temps la radio avait supplantée la presse, là, la télévision a tout écrasé. Des années plus tard, la télévision reste le média le plus populaire. Mais internet va la détrôner, comme jamais auparavant un média n'avait supplanté les autres. Mais la télé tient bon. En 2006, dans chaque ménage français, la télévision était allumée en moyenne six heures par jour.

Et pour l'actualité ?

Ca cartonne aussi. Le journal de 20h, encore aujourd'hui, reste souvent l'émission avec les plus fortes audiences, toutes chaînes et pays confondus.

La dernière grande révolution des programmes de la télé

C'est Love Story, la téléréalité. La première téléréalité date de 1973 aux États-Unis. 12 épisodes consacrés au divorce d'une famille. C'est un scandale. Mais en 1987, on peut voir 37 émissions de téléréalité aux States.

Perrverrse, malicieuse, la télé causerra votrre perrte

Les petits chats miaulent fort

23 août 2012

Mariah AlekinaMariah Alekina, enfermée mais pas muselée.

Voici le texte de Mariah Alekina, une des Pussy Riot, lu à son procès par son avocate. Avec Nadejda Tolokonnikova et Ekaterina Samoutsevitch, elle a été condamnée à deux ans de prison.

GRRIF solidaire…

Ce procès est exemplaire. Le pouvoir en rougira, et pas qu'une fois, et il en aura honte. Chacune de ses étapes est la quintessence de l'arbitraire. Comment notre démarche, à l'origine une action modeste et plutôt farfelue, s'est-elle muée en cet immense malheur ? Il est évident que, dans une société saine, ce serait impossible. La Russie, en tant qu'Etat, apparaît depuis longtemps comme un organisme rongé par la maladie. Et cet organisme réagit de manière maladive dès qu'on effleure l'un de ses abcès purulents. D'abord il passe longuement cette maladie sous silence. Ensuite, il trouve une solution en dialoguant. Et voici ce qu'il appelle un dialogue. Ce tribunal n'est pas simplement une mascarade grotesque et cruelle, il est le « visage » du dialogue tel qu'il se pratique dans notre pays. Au niveau social, pour aborder un problème par le dialogue, il faut une situation – une motivation. Ce qui est intéressant, c'est que notre situation a été, dès l'origine, dépersonnalisée.

 

Parce que, lorsque nous parlons de Poutine, ce n'est pas Vladimir Vladimirovitch Poutine que nous avons en vue ; c'est Poutine en tant que système créé par lui-même, cette verticale du pouvoir où pratiquement toute la gestion s'effectue à la main.

Et cette verticale ne prend pas en compte, ne prend absolument pas en compte, l'opinion des masses. Et, c'est ce qui m'inquiète le plus, l'opinion des jeunes générations. Et cela dans tous les domaines.

Dans ce dernier mot, je veux dire ma propre expérience, ma propre confrontation avec ce système. L'éducation, là où commence la formation de la personne sociale, ignore ce qui constitue cette personne. Mépris de l'individu, mépris de l'éducation culturelle, philosophique, mépris des connaissances élémentaires qui font une société civile. Officiellement, toutes ces matières sont au programme. Mais elles sont enseignées sur le modèle soviétique. Résultat : la marginalisation de la culture dans l'esprit de chaque individu, la marginalisation de la réflexion philosophique, et le sexisme érigé en stéréotype. L'homme-citoyen est un idéal balancé au fond du placard.

Toutes les institutions en charge aujourd'hui de l'éducation s'efforcent avant tout d'inculquer aux enfants les principes d'une existence automatique. Sans tenir compte de leur âge et des questions propres à cet âge. Elles inoculent la cruauté et le rejet de toute idée non conformiste. Dès l'enfance, l'homme doit oublier sa liberté.

J'ai une certaine expérience de l'hôpital de jour psychiatrique pour les mineurs. Je peux affirmer que tout adolescent qui, de manière plus ou moins active, fait preuve d'anticonformisme peut être aussitôt interné. Dans ces établissements échouent nombre d'enfants qui viennent d'orphelinats. Oui, dans notre pays, il est normal de placer en hôpital psychiatrique un enfant qui a voulu fuir l'orphelinat. Et de lui administrer des tranquillisants comme l'aminazine, qui était utilisée dans les années 70 pour mater les dissidents soviétiques.

Dans ces établissements, c'est la répression qui est privilégiée et non l'accompagnement psychologique. Le système est basé exclusivement sur la peur et sur la soumission inconditionnelle. Ces enfants deviennent inévitablement des enfants cruels. Beaucoup d'entre eux sont illettrés. Et personne ne fait quoi que ce soit pour y remédier. Bien au contraire. Tout est fait pour briser, tout est fait pour étouffer la moindre aspiration, le moindre désir de progresser. Ici, l'être humain doit se fermer et perdre toute confiance dans le monde.

Voilà ce que je veux dire : une telle conception de l'homme interdit la prise de conscience des libertés individuelles, y compris religieuses, et cela touche toute la population. La conséquence de ce processus, c'est la résignation ontologique, c'est-à-dire la résignation ontique socialisée. Ce passage, ou plutôt cette fracture, est remarquable en ceci que, si on l'examine dans un contexte chrétien, on s'aperçoit que les significations et les symboles se substituent en significations et en symboles exactement inverses. Ainsi, aujourd'hui, la résignation, qui est l'une des catégories essentielles du christianisme, est entendue ontologiquement non plus comme moyen de purifier, d'affermir et de conduire à la libération définitive de l'homme mais, au contraire, comme moyen de l'asservir. On peut dire, en citant Nikolai Berdiaiev : « L'ontologie de la résignation — c'est l'ontologie des esclaves de Dieu, non des enfants de Dieu. »

En ce qui me concerne, c'est quand je me suis lancée dans la lutte écologique pour la forêt de Krasnodar que j'ai pris conscience de la liberté intérieure comme fondement de l'action. Ainsi que de l'importance, et l'importance immédiate de l'action en tant que telle.

Je ne cesse de m'étonner que dans notre pays il faille rassembler plusieurs milliers de personnes pour faire cesser l'arbitraire d'un ou d'une poignée de fonctionnaires.

La réaction de milliers de gens de par le monde à ce procès est en est la preuve éclatante. Nous sommes toutes trois innocentes. Nous sommes innocentes, le monde entier le dit. Le monde entier le dit pendant les concerts, le monde entier le dit sur Internet, le monde entier le dit dans la presse et dans les parlements.

Les premiers mots que le Premier ministre britannique a adressé à notre président n'ont pas concerné les Jeux olympiques mais il lui a demandé : « Pourquoi trois jeunes femmes innocentes sont-elles en prison ? C'est une honte. »

Mais ce qui m'étonne davantage encore, c'est que les gens ne croient pas qu'ils puissent influencer le pouvoir de quelque manière que ce soit. Alors que nous organisions piquets et meetings pour défendre la forêt de Krasnodar, alors justement que je récoltais les signatures pour les pétitions, beaucoup de gens me demandaient, et avec un étonnement tout à fait sincère, qui ça pouvait intéresserâ… Oui, peut-être, d'accord, c'était la dernière forêt séculaire de Russie, mais qu'est-ce que ça pouvait bien leur faire, cette forêt dans la région de Krasnodar ? Ce bout de terre paumé. C'est vrai, qu'est-ce que ça pouvait leur faire que la femme de notre Premier ministre Dmitri Medvedev ait l'intention d'y faire construire une résidence ? Et de détruire l'unique réserve de genévriers de Russie ?

Voici comment réagissent les gensâ… Voici encore une preuve que les gens dans notre pays ont cessé de considérer que le territoire appartenait à ses citoyens. Ils ont cessé de se considérer comme des citoyens. Ils se considèrent tout simplement comme des masses automatisées. Ils ne comprennent pas qu'une forêt leur appartient même si elle ne se trouve pas à proximité immédiate de leur domicile. J'en viens même à douter qu'ils aient conscience que leur propre maison leur appartient. Si une excavatrice s'approche de l'entrée de leur immeuble, que l'on demande aux gens d'évacuer les lieux et qu'on leur dise : « Excusez-nous, nous allons démolir votre maison pour y construire la résidence d'un fonctionnaire », ils ramassent leurs affaires, leurs sacs et ils quittent leur maison. Et ils resteront là, dans la rue, en attendant tranquillement que le pouvoir leur dise ce qu'il faut faire. Ils sont absolument amorphes, c'est très triste.

Après plus de six mois passés dans une cellule, j'ai compris que la prison, c'était la Russie en miniature. C'est la même verticale du pouvoir, où le règlement du moindre problème passe par la décision exclusive et directe du chef.

En l'absence d'une répartition horizontale des fonctions et des attributions qui faciliterait considérablement la vie de chacun. En l'absence également de toute initiative individuelle. Ici, c'est le règne de la délation. De la suspicion mutuelle. En prison, de la même façon que dans le reste du pays, tout est basé sur la dépersonnalisation et sur l'assimilation de l'individu à sa fonction. Qu'il s'agisse d'un employé ou d'un détenu. Le règlement sévère de la prison, auquel on s'habitue rapidement, ressemble au règlement de la vie qu'on impose à chacun dès sa naissance. Dans le cadre de ce règlement, les gens commencent à s'attacher aux choses insignifiantes. En prison, c'est par exemple une nappe ou de la vaisselle en plastique qu'on ne peut se procurer qu'avec la permission du chef. Dehors, l'équivalent, c'est le statut social, auquel les gens sont particulièrement attachés. Ce qui m'a toujours beaucoup étonnée.

Il y a aussi quelque chose d'important, c'est le moment où l'on prend conscience de ce régime en tant que spectacle. Qui, dans la réalité, se traduit par le chaos, mettant à nu la désorganisation et la non-optimisation de la majorité des processus. Cela ne favorise pas le bon fonctionnement politique. Au contraire, les gens sont de plus en plus désorientés, y compris dans le temps et dans l'espace. Le citoyen, où qu'il se trouve, ne sait pas où s'adresser pour régler tel ou tel problème. C'est pour ça qu'il s'adresse au chef de la prison. Hors de prison, ce chef s'appelle Poutine.

Nous sommes contre le chaos poutinien qui n'a de régime que le nom. Nous donnons une image composite de ce système où, d'après nous, presque toutes les institutions subissent une mutation, tout en gardant leur apparence extérieure. De ce système qui détruit cette société civile qui nous est si chère. Nos textes, s'ils recourent au style direct, ne réalisent rien directement. Nous considérons cela comme une forme artistique. Mais la motivation, elle, est identique. Notre motivation reste identique dans une expression directe. Cette motivation est très bien exprimée par ces mots de l'Evangile : « Car quiconque demande, reçoit; et qui cherche, trouve ; et à celui qui frappe à la porte, on ouvrira. » Et moi, et nous tous, nous croyons sincèrement qu'on nous ouvrira. Aujourd'hui, hélas, on nous a enfermées. En prison.

C'est très curieux que les autorités, en réagissant à nos actions, ne tiennent absolument pas compte de l'expérience historique passée des manifestations d'hétérodoxie, d'anticonformisme. “La simple honnêteté est perçue dans le meilleur des cas comme de l'héroïsme. Et dans le pire, comme un trouble psychique », écrivait dans les années 70 le dissident Boukovski. Il ne s'est pas écoulé beaucoup de temps et pourtant tout le monde fait comme si la Grande Terreur n'avait jamais existé, ni les tentatives de s'y opposer. Je considère que nous sommes accusées par des gens sans mémoire. Nombre d'entre eux disaient : « Il est possédé du démon, et Il a perdu le sens; pourquoi l'écoutez-vous? » Ces paroles, ce sont les juifs qui ont accusé Jésus Christ de blasphème qui les ont prononcées. Ils disaient : « Nous vous lapidons pour un blasphème » (Jean 10.33).

Il est remarquable que c'est précisément ce verset auquel fait référence l'église orthodoxe russe pour exprimer son avis sur le blasphème. Cet avis est dûment certifié sur un document versé à notre dossier criminel. En émettant cet avis, l'église orthodoxe russe se réfère à l'Evangile comme à une vérité religieuse immuable. L'Evangile n'est plus considéré comme un livre révélé, ce qu'il fut pourtant dès l'origine. L'Evangile est considéré comme un bloc de citations qu'on peut tirer et fourrer où bon vous semble. Dans n'importe quel document et à toute fin utile. Et l'église orthodoxe russe ne tient même pas compte du contexte dans lequel est employé le mot « blasphème ». En l'occurrence, il était appliqué à Jésus Christ.

Je considère que la vérité religieuse ne doit pas rester immobile. Qu'il est indispensable de saisir les voies immanentes pour l'évolution de l'esprit. Que les expériences de l'homme, ses dédoublements, ses fissurations doivent être pris en compte. Qu'il faut avoir vécu toutes ces choses pour se construire. Que c'est uniquement après avoir vécu tout cela que l'homme peut atteindre quelque chose et continuer à avancer. Que la vérité religieuse est un processus, et non un résultat définitif qu'on peut fourrer où bon vous semble. Et toutes ces choses dont j'ai parlé, ces processus, sont pensés par l'art et la philosophie. Y compris par l'art contemporain.

Une situation artistique peut, et se doit selon moi, comporter un conflit intérieur. Et je suis particulièrement irritée par toute cette « soi-disance » qui émaille les paroles de l'accusation lorsqu'elle mentionne l'art contemporain.

Je tiens à remarquer que les mêmes termes ont été employés lors du procès du poète Brodsky. Ses vers étaient désignés comme des « soi-disant » vers, mais les témoins ne les avaient pas lus. Comme une partie des témoins de notre procès, qui n'étaient pas présents lors de notre action, mais qui ont regardé le clip sur Internet. Il est probable que nos excuses soient également présentées par l'esprit généralisateur de l'accusation comme « soi-disant ». C'est une insulte. C'est un préjudice moral. C'est un traumatisme. Parce que nos excuses étaient sincères. Vous n'imaginez pas à quel point je regrette que tant de paroles aient été prononcées et que vous n'ayez toujours rien compris. Ou alors vous rusez, quand vous dites que nos excuses n'étaient pas sincères. Je ne comprends pas ce que vous voudriez encore entendre. Pour moi, c'est ce procès qui est un soi-disant procès.

Et je n'ai pas peur de vous. Je n'ai pas peur du mensonge, je n'ai pas peur de la fiction, je n'ai pas peur de cette mystification mal fagotée, je n'ai pas peur du verdict de ce soi-disant tribunal. Parce que vous ne pouvez me priver que d'une soi-disant liberté. C'est la seule qui existe sur le territoire de la Fédération de Russie. Ma liberté intérieure, personne ne pourra me l'enlever.

Elle vit dans le verbe, elle continuera à vivre quand elle parlera grâce aux milliers de gens qui l'écouteront. Cette liberté continue dans chaque personne qui n'est pas indifférente et qui nous entendent dans ce pays. Dans tous ceux qui ont trouvé en eux les éclats de ces processus, comme autrefois Franz Kafka et Guy Debord. Je crois, que c'est justement l'honnêteté et la puissance de la parole, et la soif de vérité qui nous rendront tous un peu plus libres. Cela, nous le verrons.

Mariah Alekina

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