Le Röstigraben, une spécialité suisse à préserver ?

9 décembre 2014

Röstis
Plutôt au beurre ou plutôt à l’huile ? Ce serait là l’explication de l’utilisation des röstis pour illustrer la différence entre Suisse romande et alémanique.

Aujourd’hui, la Semaine des 4 Jeudis explorait ce que certains considèrent comme une malédiction suisse : le Röstigraben. Et pour mieux en parler, nous nous y sommes frottés. Nous l’avons même franchi, et en sommes revenus non seulement vivants, mais chargés de sons que nous partageons ici. Entre l’avis des passants à Bienne, haut-lieu de contact entre les cultures alémanique et romande, et une exposition qui se se tient en ce moment dans le canton d’Argovie, voici quelques échos d’une barrière, ou d’un fossé, qui peuvent aussi être vus comme une richesse à préserver.

Les röstis, dindons de la farce

Pour bien commencer, il est peut-être utile d’expliquer ce que les rôstis viennent faire dans tout ça. C’est l’archéologue cantonal argovien, Georg Matter, qui prend le temps de nous éclairer.

Röstigraben ≠ Barrière de röstis

Le Röstigraben, c’est une particularité typiquement suisseâ… Un truc unique en son genre, dont on n’irait pas jusqu’à affirmer que le monde nous l’envie, mais tout de même : vous n’en trouverez nulle part ailleurs. Et cette spécificité fait actuellement l’objet d’une exposition, à Brugg, dans le canton d’Argovie, au Musée Vindonissa, une institution qui a vu le jour, à l’origine, pour mettre en valeur les objets découverts sur le site du même nom, un ancien camp légionnaire romain.

Il s’agit donc d’une exposition archéologique sur le Röstigraben. Il faut dire que l’idée avait déjà été réalisée à Lausanne il y a quelques années. Mais elle n’a pas pu être transposée telle quelle en Suisse alémanique, parce que la manière de voir le Röstigraben diffère, d’un côté à l’autre de la Sarineâ… C’est un « double » spécialiste qui nous en parle : Georg Matter est l’archéologue cantonal argovien et responsable de l’exposition, et en plus, il a expérimenté la Suisse romande.

Musée Vindonissa
Le Musée Vindonissa, à Brugg (AG).

Montre-moi tes vieux outils, je te dirai où tu vis

Le visiteur de l’exposition pourra découvrir les éléments qui prouvent l’existence, à travers les âges, de cette tradition ancestrale qu’est le Röstigraben. Ça commence avec des cartes qui montrent l’orientation des rivières, la topographie de la Suisse et les principales voies de circulation. C’est aussi ça, l’origine de la barrièreâ… qui n’a pas toujours été liée au langage ! Sous l’Empire romain, tout le monde parlait plus ou moins le latin, des deux côtés de l’actuelle frontière linguistique. En avançant dans l’exposition, on prend conscience d’autres différences…

Une barrière dont on peut s’amuser…

Le Röstigraben existe donc depuis des millénaires. Et aujourd’hui, mieux vaut s’en réjouir que s’en inquiéter. C’est le message véhiculé par l’exposition du Musée Vindonissa. On l’a évoqué plus haut, la visite permet de se rendre compte des différences culturelles qui ont toujours existé entre les parties orientale et occidentale de ce qui constitue la Suisse aujourd’hui. Et Georg Matter, ça l’amuse.

… et une tradition à préserver.

Les responsables de cette exposition n’ont pas voulu s’en tenir aux objets archéologiques qui témoignent du Röstigraben. Ils ont aussi souhaité ouvrir la réflexion sur ce qu’est cette barrière aujourd’huiâ… et vous allez l’entendre, ça résonne étrangement avec une actualité toute récente.

Micro-trottoir, ça se dit comment en suisse-allemand ?

Stève a arpenté les rues de Bienne, où Alémaniques et Romands se côtoient chaque jour de manière, semble-t-il, assez pacifique… Voici ce que les passants lui ont confié à propos du Röstigraben.

Panneau de rues bilingues à Bienne
A Bienne, francophones et germanophones se côtoient de près. (Photo: www.lebendigetraditionen.ch)

Que restera-t-il du Röstigraben de l’an 2000 ?

Avant de refermer cette thématique Röstigraben, semons de petits indices à l’attention des archéologues du futur ! Pour taper dans le cliché, enterrons quelque part des statistiques sur les résultats des votations populaires… Quand notre génération ou la suivante aura tout fait péter, ils creuseront la terre à la recherche de nos vestiges. Et en retrouvant ça, ils pourront facilement comprendre l’opposition culturelle entre les « Neinsager » et les « diseurs de oui »â…

Plus sérieusement, nous avons posé la question à l’archéologue cantonal argovien Georg Matter : dans 3000 ans, verra-t-on encore des traces de différences culturelles dans les objets d’aujourd’hui retrouvés de part et d’autre de la Sarine ?

Peu importe le verre, on peut trinquer…

L’exposition « Röstigraben – Comment la Suisse tient ensemble » est à voir jusqu’à fin septembre 2015 à Brugg, dans le canton d’Argovie, au Musée Vindonissa. C’est là aussi, si ça vous intéresse, que vous pourrez trouver la pétition qui demande que le Röstigraben soit inscrit sur la liste des traditions vivantes de Suisse à protéger.

Stève et Léonie