Le lave-linge, cadeau des hommes aux femmes

28 décembre 2012

Machine à laver dans les années 1910-1929 aux USA
Va laver mes vieux caleçons, femme !

Laver son linge sale en public

Retour sur les temps sombres et difficiles du lavoir

On ne lave pas le linge au sens où on l’entend aujourd’hui avant le 19e siècle. Des études montrent d’ailleurs que si l’on remontait le temps, ce qui nous poserait le plus problème par rapport au passé, ce sont les odeurs pestilentielles de l’ancien temps.

On crée les premiers lavoirs au 19e siècle, pour lutter contre le manque d’hygiène. La période de 1830 à 1850 est marquée par des épidémies de choléra à répétition. De fait, les lavoirs deviennent obligatoires pour lutter contre les bactéries. On en construit à foison.

Le produit de lessive de l’époque, c’est de la cendre très fine, et on lave en aval des rivières pour ne pas contaminer l’eau, en frottant à la brosse. C’est un travail épuisant qui dure plusieurs jours et qui prend énormément de temps. Les plus riches embauchent carrément des laveuses. Certaines femmes en font donc leur métier, un métier de soldat.

Le lavoir est un espace à la fois privé et public. Les familles aisées ont leur propre lavoir au fond du jardin, les autres lavent en société. Le lavoir public est souvent un lieu de rendez-vous social. On dit d’ailleurs qu’à l’époque, le lavoir est aux femmes ce que le cabaret est aux hommes. On compare sa richesse à celle des autres, suivant le nombre de draps qu’on vient laver ; on relègue les plus défavorisées à la moins bonne place ; on scrute le sang sur les culottes de ses camarades. C’est au lavoir qu’on ragote sur les grossesses et les cocus. Laver son linge sale en public, sublime expression pour activité sublime.

L’avènement de la machine à laver

Merci messieurs

C’est donc un grand pas en avant pour l’homme – mais surtout pour la femme, soyons lucides – quand quelqu’un trouve le moyen de nettoyer les vieux caleçons sales de ces messieurs dans une machine.

L’invention de cette machine est attribuée à un Allemand, Jacob Christian Schäffer. Il publie en 1767 un écrit intitulé « Die bequeme und höchstvortheilhafte Waschmaschine », autrement dit « la confortable et pleine d’avantages machine à laver ». Mais le premier brevet pour une telle installation est déposé 30 ans plus tard, en 1797, par l’Américain Nathaniel Briggs.

Alors oui, c’est une machine, mais elle fonctionne quand même à la force des bras. Heureusement, l’homme, dans sa grande bonté envers la femme, ne s’est pas arrêté là. Dans les décennies suivantes, l’appareil ne cesse d’évoluer : laveuse à rouleaux en 1843, machine à laver mécanique en 1866, machine à laver à moteur électrique en 1930, première machine automatique en 1937. A partir de là, c’est la surenchère : on découvre les premières machines combinées, ou la force centrifuge dans le tambour est utilisée pour essorer le linge ; puis les bienfaits de l’électronique, les machines avec des programmes différents en fonction du linge, puis les machines qui, en plus de laver, sont capables de sécher.

Après, on apprend que ce qui est doux a l’air neuf, qu’il existe une couleur plus blanc que blanc et que le calcaire peut endommager notre lave-linge. Alors on nous enfile des produits miracles dans le tambour, à grand renfort de publicités toujours destinées, comme par hasard, à ces femmes que la machine à laver a tellement émancipées.

Ce qu’est devenue la planche à laver aujourrd’hui

Marie-Luce & Léonie