Laisse-toi faire, c’est qu’un petit sacrifice de rien du tout

6 août 2014

Le sacrifice d'Isaac, tableau de Caravaggio
Le sacrifice d’Isaac, peint par Caravaggio. On voudrait pas être rabat-joie, mais il a pas l’air content, l’enfant.

Offrandes de premier choix, arrosées de sang

On a poursuivi dans « Comme si je savais pas » notre tour du monde des traditions. Et aujourd’hui, il y a eu du sang, puisqu’on parlait de la tradition du sacrifice.

On a tous en tête l’image du paysan grec de l’Antiquité qui offre une chèvre à Déméter, déesse de la terre et des moissons, pour s’attirer ses faveurs et faire de bonnes récoltes. Ou du général romain qui tente de s’assurer la victoire en sacrifiant une vache à Mars, Dieu de la guerre. Traditionnellement, on sacrifie aux dieux avec l’intention de leur prouver notre respect, pour exprimer notre reconnaissance ou, de manière un brin plus intéressée, dans le but d’obtenir ce qu’on veut. On comprend bien pourquoi le terme est passé dans le langage courant pour désigner tout un tas de trucs, d’un coup au jeu d’échecs à une stratégie guerrière, en passant par les sacrifices consentis sur l’autel des études, du travail ou du couple.

Depuis l’Antiquité, le temps a passé, mais la tradition est restée. Dans l’islam par exemple, l’aïd el-Kebir, la fête musulmane la plus importante, commémore le sacrifice d’Ibrahim. Et chaque famille sacrifie à cette occasion un mouton ou un autre animal en l’égorgeant, couché sur le flanc gauche, la tête tournée vers La Mecque.

Il n’y a d’ailleurs pas que dans l’islam que l’on perpétue la tradition du sacrifice. Tous les cinq ans a lieu, dans le sud du Népal, la fête de Gadhimai, du nom de la déesse hindoue du pouvoir. La prochaine édition, ce sera cette année, ce qui vous donnera l’occasion de voir et d’entendre Brigitte Bardot monter sur ses grands chevaux. Car après l’aïd el-Kebir, la fête de Gadhimai est le plus grand sacrifice d’animaux au monde. La divinité a de quoi remplir son garde-manger avec 300’000 à 500’000 buffles, porcs, chèvres, moutons, poulets et pigeons.

Pourquoi tant de cruauté ? Au-delà de l’aspect religieux, certains anthropologues expliquent la tradition du sacrifice par le fait que tuer un animal n’est un acte anodin pour personne, et que pour digérer ce « meurtre », l’homme a imaginé des rituels de manière à apaiser ses angoisses de carnivore.

Et pourquoi pas un humain en sacrifice ?

Se donner pour les autres… un acte qui peut passer pour héroïque quand il est volontaire ; mais le plus souvent, c’est le contraire.

Le sacrifice d’hommes, de femmes ou d’enfants existe depuis des lustres et, bien souvent, il avait pour but de favoriser la cohésion sociale. On mettait tous les maux de la terre sur le dos du divin et pour éviter que ce ne soit TOUTE la communauté qui paye, on désignait une victime expiatoire (de préférence vierge et pure) qui prenait tout pour les autres. Ainsi, le sacrifice humain avait pour but de canaliser la violence vers un seul individu et vers le domaine du sacré. Encadré et pratiqué selon des règles bien précises, ce geste violent devait assurer la pérennité du groupe.

Autre cas de figure : en cas de manque de ressources (pendant des sècheresses par exemple), le sacrifice humain permettait de réduire la population à nourrir et abreuver.

Les plus grands pratiquants du sacrifice humain sont peut-être les Aztèques et tous leurs cousins amérindiens. Ils pouvaient étriper jusqu’à plusieurs milliers de personnes en quelques jours au sommet de leurs pyramides. Les têtes étaient offertes aux dieux et les corps redistribués aux familles de la communauté.

Aujourd’hui, de rares sorciers pratiquent encore le sacrifice humain. Mais ça reste anecdotique et sévèrement puni partout dans le monde. En janvier 2013, deux paysans ont été arrêtés en Inde pour avoir sacrifié une petite fille de sept ans lors d’un rituel religieux. C’était pour « apaiser leurs Dieux et obtenir une meilleure récolte »â… Qui sème le sang récolte la prison !

Autres dieux, autres pratiques…

Stève & Léonie