GRRIF a écouté le nouvel album de Daft Punk

1 mai 2013

Daft PunkDaft Punk

Mardi 23 avril 15h00, siège de Sony Music

Nous avons rendez-vous avec les Daft Punk. Ou plutôt le nouvel album des Daft Punk. Thomas et Guy-Man étant probablement occupés à fignoler le teasing de Random Access Memories. Une dizaine de journalistes, assis, bloc-notes à la main, visage crispé attendent d’écouter le 4e album studio du duo casqué. «Merci de signer cette clause de confidentialité. Embargo jusqu’au 1er mai, toute reproduction sonore partielle ou complète de l’album vous en coûtera CHF 5’000.- » La mise en garde polie mais ferme de la Promotion Manager est on ne peut plus claire. L’image de notre patron à la barre des accusés dans un procès international contre la maison de disques nous traverse l’esprit et nous décidons de ne pas sortir notre enregistreur.

La Promotion Manager s’approche d’une valise orange en plastique dur (une valise du futur comme on l’aurait imaginée dans les années 60), sur laquelle trône un appareil, à mi-chemin entre le disque dur et le Minidisc, relié à une chaine Hi-Fi. La simple pression d’un bouton nous propulse sans avertissement dans le nouvel univers sonore créé par Daft Punk. Les premières notes nous plongent au cœur d’un orchestre symphonique. L’introduction est presque grandiloquente, à la limite prétentieuse, mais rapidement une basse funky et des voix vocodées viennent enrober violons et cuivres. Un début audacieux qui s’avère en réalité être (pour une raison inconnue) la piste 9 de l’album. Aucune importance nous voilà tous projetés dans une odyssée musicale spatiale d’un peu moins d’une heure et quart.

Random Acces Memories

Give Life Back to Music (la vraie première piste de l’album) ouvre le disque sobrement mais sûrement (un peu à la manière de Human After All) mais dans un registre beaucoup plus funky façon « Get Lucky » avec la guitare de Nile Rodgers et le vocoder des Daft Punk. La mélodie fait farouchement penser à un Shut Up and Let Me Go (sous tranquillisant) de The Ting Tings. The Game of Love pourrait figurer dans une bande son de film « cochon » des années 80. C’est calme, fonky et vocodé. Giorgio Moroder fait son entrée sur la 3ème piste et nous livre un témoignage touchant sur sa jeunesse, lorsqu’il allait en discothèque et qu’il dormait dans sa voiture. Un texte repris de l’interview diffusé lors de la campagne de teasing du premier single. Après deux minutes de parlotte, Moroder laisse s’exprimer ses machines et nous renvoie violement dans des sonorités italo disco d’antan. Bientôt, aux arpèges sera superposé un pianoâ… jazzy. Piano toujours, mais dans un style plus Bruelien (l’adjectif encore non reconnu pour faire référence au style de Patrick Bruel) avec cette fois le génie musical autoproclamé, Chily Gonzales. Si le son du piano reste pur et intact, la voix, elle passe dans le vocoder des Daft Punk. Le titre suivant (Instant Crush) accueille une autre personnalité : Julian Casablancas. Le morceau sonne comme un titre de The Strokes passé dans les machines synthétiques des Daft Punk et leur vocoder (énormément mis à contribution sur ce disque). Les pistes 6 et 8 sont laissées aux bons soins de Pharrell Williams et Nile Rodgers. Si le chanteur des N.E.R.D. et le guitariste de Chic réussissent à nous enflammer sur Get Lucy, le résultat est plus laborieux sur Lose Yourself to Dance. Viennent ensuite les OVNI : Touch, Beyond et Motherhood qui frôlent l’expérimentation sonore : pédale wah-wah, basse funky et ambiance sexy. Il faut attendre le retrour de Todd Edwards qui remet les robots à l’ordre avec Fragments of Time, le titre le plus pop de l’album tirant vers le rose bonbon. Plus rapide, Doin’It Right en featuring avec Panda Bear semble sortir tout droit d’une compilation des années 80 avec superposition des voix vocodées et chantées. Enfin, Contact, composée en collaboration avec leur pote DJ Falcon, nous rappelle des sonorités à la Vitalic avec une longue montée stridente et acide sans fin. C’est à ce moment-là que nous avons fermé les yeux et vu les robots repartir dans l’espace à bord de leur vaisseau intergalactique. Un peu comme si Daft Punk avait fini de jouer avec les sons du passé et allait découvrir d’autres planètes sans nous.

Retour vers le futur

Avec Random Access Memories, les Daft Punk prennent le risque d’explorer le passé en délaissant l’utilisation des machines au profit de vrais instruments. Une prise de risque, qui, aussi louable soit-elle, ne suffit pas à combler le manque d’inspiration qu’on ressent en écoutant Random Access Memories. En fin de compte, en 21 ans les deux robots n’auront jamais été aussi vulnérables, aussi humains qu’aujourd’hui.

Fabrice