Forward : America ép. 05 // Survivre, étudier, servir

8 novembre 2016

Des femmes vétérans au garde-à-vous
Défilé de femmes vétérans en Pennsylvanie. ©Olof Grind

« Si l’Etat n’est plus capable de protéger ma famille, c’est moi qui m’en chargerai. » Ce leitmotiv, c’est celui des survivalistes américains, ces gens qui se préparent à survivre dans des conditions extrêmes. Les membres du collectif Moritz Pialat ont découvert ce courant la semaine dernière en Virginie, au fil de leur tournage sur la présidentielle américaine. La rencontre se passe dans une petite ville pas loin de la capitale, Richmond. C’est Frédéric et Fisnik qui nous racontent cet épisode.

Jeune fille qui pose à la fenêtre de sa voiture
Quand la connaissance est un luxe… La jeunesse américaine est souvent obligée de s’endetter pour s’offrir des études. ©Olof Grind

La rencontre avec cette famille a été l’occasion, pour les trois Européens, de prendre conscience d’une réalité très américaine : tu veux étudier, tu payes ; tu ne peux pas payer, tu t’endettes. C’est, comme le dit le cliché, le modèle qui prévaut aux Etats-Unis. Le système de financement des universités privilégie une certaine élite, celle des milieux aisés, et oblige les moins fortunés à contracter des emprunts qui les mineront très longtemps.

Ce phénomène, les réalisateurs du documentaire Forward America ont pu le constater eux-mêmes, en visitant un « community college », en Virginie. Pierre-Olivier nous explique de quoi il s’agit.

Après la Virginie, les membres du collectif Moritz Pialat ont poussé plus au nord, vers Washington. Sur place, ils ont découvert un condensé des grands problèmes sociaux qui ne leur apparaissaient que par intermittence plus au sud. Ils ont notamment eu contact avec ceux qui s’occupent des sans-abri.

Un sans-abri à Washington
Sans-abri, mais pas sans convictions. ©Olof Grind

Les membres du collectif Moritz Pialat ont été accueillis à bras ouverts au Centre communautaire de Washington pour les sans-abri. Là, on leur a expliqué que le prix des logements ne cessait de monter, et que de nombreuses personnes ne pouvaient plus payer et se retrouvaient à la rue. Barack Obama, sensibilisé à la cause des sans-abri par son parcours personnel de « community organizer » à Chicago, avait promis qu’il ferait tout pour améliorer la situation. Mais lorsqu’on interroge les volontaires de Washington sur le bilan, ils estiment que rien n’a changé, et que la situation s’est même dégradée. A propos des inégalités raciales, un SDF noir déclare même qu’ « il vaut mieux être un sans-abri blanc qu’un Noir avec un emploi ».

Plus au nord, les réalisateurs ont fait halte à Philadelphie, en Pennsylvanie, un État immense partagé entre ses centres urbains démocrates et ses cités industrielles délaissées plutôt républicaines. Sur place, ils ont retrouvé Matt, un ami de Fisnik rencontré à Genève, jeune Américain doté d’une perspective européenne. A travers lui, ils ont aussi pu échanger avec des jeunes de leur âge, qui commencent à travailler et qui ont une opinion politique assez tranchée. Mais avec surprise, les trois Européens ont constaté que ces jeunes urbains démocrates portent des oeillères : pour eux, Trump est un mirage, il n’existe pas. Une attitude qui contraste avec la réalité du Sud des Etats-Unis ; mais, explique Fred, les jeunes combattent cette réalité « en se mettant un foulard devant les yeux ».

Défilé de vétérans
En Pennsylvanie, les vétérans de l’armée défilent sous les applaudissements de la foule. ©Olof Grind

C’est toujours en Pennsylvanie que le collectif Moritz Pialat a assisté à un rallye de vétérans de guerre. L’on pouvait y voir défiler toutes les factions, toutes les unités qui avaient déjà servi, sous une pluie d’applaudissements et de remerciements de la foule. Il est très rare, semble-t-il, qu’un Américain ne compte pas au moins un vétéran dans sa famille. Parmi les jeunes rencontrés à Philadelphie, l’un a appelé son grand-père, qui a servi durant la guerre de Corée et celle du Vietnam. Loin du cliché, il s’est révélé être un farouche supporter de Clinton, et l’éventualité que Trump remporte l’élection lui faisait purement horreur.

La prochaine étape pour le trio, c’est New York. C’est de là qu’ils suivront cette tant attendue nuit électorale…

Léonie