Forward : America ép. 03 // Les mille visages du Sud

25 octobre 2016

Stand de partisans de Donald Trump
Le Sud, dans sa majorité, soutient la candidature de Donald Trump. ©Moritz Pialat

Le collectif Moritz Pialat voulait prendre le pouls du sud des États-Unis ; mais il a visiblement affaire à plusieurs fréquences cardiaques. La semaine de Fisnik, Frédéric et Pierre-Olivier a été marquée par des rencontres pour le moins hétéroclites, qui ont fait valser les trois réalisateurs d’un bord à l’autre de la société du Sud des États-Unis.

Nous avions laissé les deux Romands et le Français dans le Tennessee. C’est toujours à Memphis qu’ils ont rencontré le responsable du centre LGBTQ local – le seul centre de ce genre dans tout le Tennesseeâ… D’un point de vue politique, il refuse de s’exprimer publiquement sur la campagne ; une association ne doit pas prendre position là-dessus. Mais même s’il ne mentionne pas les noms des candidats, mais son discours reste très chargé politiquement.

Le collectif Moritz Pialat a ensuite visité une école privée catholique, intégralement financée par de grandes entreprises privées. A partir de 14 ou 15 ans, les jeunes sont envoyés en stage dans ces entreprises, et c’est ce travail qui paie leur scolarisation. Puis, mercredi 19 octobre, jour du troisième débat entre Hillary Clinton et Donald Trump, Frédéric, Pierre-Olivier et Fisnik sont arrivés à Nashville. En cherchant sur internet, ils ont trouvé la mention d’un seul établissement public qui diffusait l’événement : un bar, où de jeunes démocrates locaux avaient organisé le visionnement du débat. Les trois réalisateurs évoquent l’ambiance de cette soirée…

Mais visiblement, cette piètre qualité n’a pas trop d’impact sur les supporters des deux camps. Qui bizarrement ont les mêmes arguments, assez tristes, pour évoquer cette campagneâ… c’est ce que raconte Pierre-Olivier.

Supporter de Trump
©Moritz Pialat

Les trois réalisateurs ont quitté Nashville pour Pulaski, intrigués par le « European American Heritage Festival festival ». Mais il faut savoir que Pulaski est la ville qui a vu naître le Ku Klux Klan en 1865 ; et c’est ce lieu que les descendants des extrémistes encapuchonnés choisissent pour célébrer leur mouvement chaque année. Et la population locale est très mal à l’aise à ce propos, mais la liberté d’expression américaine garantit le droit d’affirmer haut et fort ses opinions, même si celles-ci sont extrêmes.

Sur place, Fisnik, Frédéric et Pierre-Olivier ont compté plus de policiers et agents du FBI que de participants ; ils n’étaient qu’une vingtaine à vendre quelques fascicules en écoutant des chansons sur le « white power ». Fait troublant : à côté des drapeaux du KKK et des Confédérés étaient exhibés ceux de la Suisse et de la France notamment. Les trois réalisateurs ont été « plutôt bien reçus par ces gens qui, en soi, sont vraiment des extrémistes », explique Fisnik. « On n’aurait jamais pu faire ce film si on était black », avance-t-il encore.

Ah, et s’il fallait le préciser : même si Donald Trump prend toutes ses distances avec le KKK, le Klan distribue tout de même des articles à l’effigie du candidat républicain.

Autre rencontre qui a marqué la semaine du collectif : celle du jeune Jake, 18 ans, étudiant à l’université Vanderbilt à Nashville. Mais un étudiant pas comme les autres : celui-là, après ses quatre ans d’études, servira durant cinq années au sein de l’armée de terre, avec la conviction que son engagement permettra de protéger les autres et leur liberté d’expression.

Le collectif Moritz Pialat rencontre un militaire
Militaire jusqu’au bout de la casquette. ©Moritz Pialat

La semaine s’est achevée sur un échange avec Bruce, un vétéran de 65 ans rencontré dans un ranch où il venait voir des chevaux. Bruce était dans la garde nationale durant la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, il est ce qu’on appelle un « southern democrat », une espèce plutôt rare : plutôt conservateurs sur les mœurs et les valeurs, il se montre en revanche progressiste sur les questions économiques et les grandes idées sociétales. Les trois Européens le trouvent surprenant, sensé et ont l’impression qu’il est prêt à remettre ses arguments en question pour faire avancer le pays. Sa préférence va à Hillary Clinton, qui divise moins que son rival républicain. Il voit à plus long terme que la majorité pour qui le monde s’arrête au 8 novembre 2016, jour de l’élection, parle d’espoir et d’humilité et estime que ce qui compte avant tout, c’est la réconciliation entre les différentes communautés qui composent les États-Unis. De lui, Fisnik dit qu’il est « la première personne rationnelle rencontrée pendant ce voyage ».

Léonie