C’est beau et ça s’entend : cinéma désert

13 mars 2014

Kaupo Kikas

« End of the world cinema »

A défaut de courir après des mirages, vous allez pouvoir en admirer confortablement assis dans une salle de projection désertée.

Au pied du Mont Sinaï, au milieu des rochers coupants et des tempêtes de sable, un mégalomane français avait l’idée de créer un cinéma en plein air pharaonique. C’était dans les années 30-40, il a fait venir 200 sièges en bois directement du Caire ainsi qu’une génératrice et un écran grand comme une voile de catamaran.

Malheureusement, le soir de l’inauguration, le générateur a été saboté par des villageois mécontents de voir leur montagne sacrée ainsi bafouée. Tout est retourné à la poussière.

Kaupo Kikkas, photographe Estonien, s’est arrêté au milieu de ce cinéma fantôme. Il nous présente aujourd’hui une série de clichés très sobres sur ce décor apocalyptique : toutes ces chaises de bois rouge, ornées de motifs tribaux à la peinture blanche… Au premier coup d’œil on dirait un cimetière indien dans le désert du Mohave. Mais, à la lumière de l’histoire qui s’est jouée ici, on saisit toute l’arrogance déchue de ce Crésus qui pensait vraiment pouvoir bâtir son amphithéâtre au nez et à la barbe de la tradition ancestrale.

C’est beau un nanti qui trébuche.

Stève

Kaupo Kikkas

Kaupo Kikkas

Kaupo Kikkas