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Antoine Rubin nous emmène une heure sur un cargo

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Un cargo et, en tout petit, Antoine Rubin, auteur biennois et poète de la rouille et des containers.

"Le Chant des containers"

Antoine Rubin vient nous présenter sont récit récemment paru aux éditions du Noyau.

L'occasion de parler, dans le désordre :

- des plages thaïlandaises qu'il n'a pas vues depuis son cargo

- des amis qu'il a tenté de se faire parmi les rares membre d'équipage

- de la poésie "ferrugineuse", comme il dit

- mais aussi de Nicolas Bouvier et de Burning Sound Records, un label chaux-de-fonnier.

 

 

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Antoine Rubin, en plein travail.

L'émission ici, en version complète.

Ecoutez-là, c'est un peu comme passer 40 minutes sur un cargo, au millieu des containers.

Un bonus : La technique du pirate

Extrait du "Chant des containers", d'Antoine Rubin

Un bonus inédit : la lettre d'amour de Léonie aux cargos.

Notre journaliste aime ces bateaux à en frémir. Oui, c'est vrai!

Cher, très cher porte-conteneurs,

 

Il est des amours insolites par leur nature, étranges par leur démesure. C’est justement ce qu’il y a en toi d’insolite et de démesuré qui me coupe le souffle à chacune de nos rencontres. On a coutume de dire que la taille ne compte pas. Mais lorsque de la côte je t’aperçois, même lointain, j’ai le cœur qui s’emballe devant tes proportions.

 

Quatre-cents mètres de longueur - c’est plus que la hauteur de la Tour Eiffel -, presque soixante de largeur, et plus de cinq cent cinquante mille mètres cubes de volume intérieur… Dans tes cales et sur ton pont, on peut faire tenir plus de dix-huit mille conteneurs, de ces conteneurs standardisés aux dimensions dictées par le commerce international : six mètres de longueur, deux mètres quarante de largeur, un peu plus en hauteur ; de ces conteneurs que l’on peut voir passer, dans notre pauvre pays enclavé, sur les trains marchandises qui sillonnent la campagne imbécile, privée de littoral.

 

Si j’avais l’âme mathématicienne, je calculerais combien l’on pourrait enfouir dans tes entrailles de ridicules Airbus A380, ces avions de papier de septante-trois mètres de longueur seulement. Mais je n’ai pas le cœur aux calculs, et je crains des chiffres qu’ils ne gâchent le mystère. Car malgré ta démesure, malgré ton gigantisme, tu flottes ! Et comme l’amoureux transi reste indifférent aux explications moléculaires du neurobiologiste le plus cynique, il est inutile de tenter de me renseigner sur la poussée d’Archimède – grossier personnage qui participa au désenchantement du monde. Non, je préfère penser qu’à ton approche, c’est l’océan qui s’écarte pour laisser passer ce Moïse d’acier multicolore.

 

Bien sûr, tu as tes défauts aussi : tu as contribué à l’accélération d’une mondialisation aux conséquences parfois tragiques ; tes allées et venues nous bercent de l’illusion qu’il est facile et malin d’acheter ce produit bon marché fabriqué en Chine ; et ta taille de plus en plus imposante nécessite l’adaptation permanente des ports et des voies maritimes, au détriment souvent de la nature et de l’humain.

 

Mais laisse-moi rester aveugle à ta raison d'être. Laisse-moi ne voir que ton sillon bouillonnant d’écume et ta miraculeuse silhouette se découpant sur l’horizon. Laisse-moi n’entendre que le claquement des lames contre ta solide coque. Car ce son porte en lui mes rêves d’ailleurs ; et si un jour je pars pour le bout du monde, c’est assurément de ton bord que je larguerai les amarres.

 

Signé : Léonie

 

 

Les Culturbitacées, l'émission culturelle hebdomadaire de GRRIF est diffusée en direct tous les mercredis à 18h.

Rediffusion le samedi à 11h.

Et disponible sur internet.

Oui, les Culturbitacées sont partout.

 

 

 

Aurélie

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